Quelle chance!
Ruth chapitre 2, versets 2 et 3
par Philippe Cornuz


En réalité, est-ce que le hasard est un projet de Dieu, voire une manifestation discrète de sa présence? Lorsque nos concitoyens parlent de chance, est-ce qu’on peut y voir la main de Dieu? Autant de questions que le prédicateur Philippe Cornuz, de la communauté évangélique de Meyrin (Suisse) tentera de résoudre en partant d’un texte du livre de Ruth.

[Matériel]  

Une balle de ping-pong ou de golf

[Développement]  

1. Texte de Ruth chapitre 2, versets 2 et 3

2  Ruth la Moabite dit à Noémi : Permets-moi d’aller aux champs ramasser des épis laissés par les moissonneurs. J’irai derrière celui qui m’accueillera aimablement. Noémi lui répondit : Va ma fille.

3  Ruth partit donc et se mit à glaner dans les champs derrière les moissonneurs. Il arriva par hasard qu’elle se trouvait dans un champ appartenant à Booz, ce parent d’Elimélek.

Mais c’est surtout la fin du verset 3 qui retiendra notre attention : Il arriva par hasard qu’elle se trouvait dans un champ appartenant à Booz, ce parent d’Elimélek.

Malgré l’apparente banalité de ce verset, voyons sa rédaction dans diverses traductions :

Français courant : Or il se trouva que ce champ appartenait à Booz, le parent d’Élimélek.

Jérusalem : Sa chance la conduisit dans une pièce de terre appartenant à Booz, du clan d’Élimélek.

Louis Segond 1910 : Et il se trouva par hasard que la pièce de terre appartenait à Boaz, qui était de la famille d’Elimélec.

Nouvelle Ed. de Genève : Et il se trouva par bonheur que la parcelle de terre appartenait à Boaz, qui était de la famille d’Elimélec.

Bible du semeur : Il arriva par hasard qu’elle se trouvait dans un champ appartenant à Booz, ce parent d’Elimélek.

Segond Révisée la Colombe : Il se trouva que la pièce de terre appartenait à Booz qui était de la famille d’Élimélek.

Trad. Œcuménique (TOB) :   Sa chance fut de tomber sur une parcelle de terre appartenant à Booz de la famille d’Elimélek.

2. Qu’est-ce que le hasard ?

Le hasard ou la chance possède-t-il une dimension miraculeuse ? Est-il le signe d’une faveur de Dieu ? Est-il orienté par Dieu ? Les circonstances fortuites, les coïncidences sont-elles  conduites par Dieu ?

Quelles que soient les réponses que l’on donne, elles gravitent autour d’une seule question, si l’on y réfléchit bien : Est-ce que tout est joué d’avance, prévu par Dieu, ou au contraire, le hasard réel existe-t-il ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3. Le hasard : une probabilité statistique

Intuitivement, la notion de hasard fait penser à un phénomène aléatoire, qui se produit de manière fortuite, soudaine, imprévue. Du reste les mathématiciens font des calculs dans ce domaine, mais il parlent plutôt de probabilités. On peut notamment faire des calculs de ce genre pour les jeux de casino, pour des loteries, etc. Il faut seulement se souvenir que si on parle de hasard, on parle de quelque chose de possible, mais dont la manifestation est aléatoire, fortuite.

Ex : n’est pas du hasard. Si je prend une balle de golf et que je la lâche dans cette salle, elle tombe au sol parce qu’elle est soumise à une loi physique (la gravité). Il serait absurde que je répète l’opération de nombreuses fois en émettant l’hypothèse que peut-être, par hasard, elle ne tomberait pas au sol mais monterait au plafond. On serait là dans le domaine de la magie, mais pas du hasard.

Ex : est du hasard. Si je prends la même balle de golf, que je la pose sur une table de jardin bien horizontale, je peux émettre l’hypothèse qu’elle tombera de la table toute seule, sans que personne n’y touche d’ici demain à midi. Là le hasard est en jeu, car peut-être arrivera-t-il un coup de vent qui la fera tomber de la table ? Ou mieux mais c’est plus rare, un tremblement de terre qui, accessoirement fera s’effondrer toutes les maisons, mais surtout fera pencher la table ? Ou encore, plus simple, une innocente pluie qui affaissera la terre sous la table et la fera pencher d’où la chute tant attendue de la balle ? C’est donc possible, mais on ne sait pas quand cela pourrait arriver.

Dans le domaine du jeu de hasard, c’est stupéfiant : Si on fait des calculs, on s’aperçoit que pour être sûr de gagner un gros lot de 1'000.-- de francs, il faut acheter le hasard ! Par exemple en achetant tous les tickets de loterie en jeu !

On paiera par exemple 2'500.-- pour éliminer le hasard et on est sûr d’obtenir le gros lot d’une valeur de CHF 1'000.-- . C’est génial on perd 1'500.-- pour gagner le gros lot !!!

4. Le hasard appelé chance ou bonheur

Si un phénomène exceptionnel arrive sans qu’on l’attende, donc par hasard, on le qualifie volontiers (y compris les incroyants) de petit miracle. Pour autant qu’il nous favorise ou favorise nos vues, bien entendu !

Exemple : recherche désespérée d’une place dans le parking sous-terrain dans la dernière hélice du sous-sol à Cornavin. Tout à coup, une voiture sort et libère une place 5 mètres devant notre véhicule… on s’écrie spontanément « Oh, miracle ! », croyant ou non.

5. Le hasard appelé malchance ou malheur

Mais qu’en est-il lorsque la circonstance exceptionnelle arrive, tout aussi par hasard, mais qu’elle ne nous favorise en rien, bien au contraire ? A l’évidence, on ne va pas la qualifier de petit miracle. Au contraire, on la traitera, au mieux de manque de bol, au pire de malheur, de destin, de malchance. Je n’ose me substituer à ceux qui ont eu un accident, ou qui ont perdu un proche sans savoir pourquoi, la seule raison étant qu’il se trouvait par hasard sur le lieu d’un attentat ou dans un véhicule impliqué dans un accident.

6. Hasard, bonheur, malheur : même origine ? 

Nous voyons donc qu’il serait un peu commode de dire que le hasard est le projet de Dieu, point à la ligne. Quant cela va bien et que le hasard est heureux, dire que c’était le projet de Dieu donne un joli verni de foi, ou pire, de triomphalisme.

Mais quand on est dans le malheur sans savoir pourquoi, c’est un peu pénible de se voir confronté à cette logique simpliste.

Pourtant, le hasard favorable ou non, se place dans une logique de foi.

Et là il faut faire bien attention : une logique de foi n’est pas une logique au sens habituel de rationnel, hypotético-déductif. C’est une logique de lecture du monde spirituel. Une logique qui tient compte du fait que d’une part Dieu règne et donne son sens à l’histoire, et d’autre part, un adversaire, Satan, essaie de nous dissuader de croire à cette souveraineté de Dieu.

7. Einstein : un croyant particulier

Tout le monde a entendu parler d’Albert Einstein, physicien du 20e siècle, auteur de la fameuse équation E=MC2. Ce physicien juif a fait beaucoup de recherche sur la matière et la lumière. Sa biographie personnelle est des plus intéressante.

Il avait une sorte de philosophie qui le stimulait beaucoup dans ses travaux de recherche pour comprendre notamment la structure de l’univers. « Dieu ne joue pas l’univers aux dés » disait-il. Sous entendu : Dieu a prévu la finalité et le fonctionnement du cosmos. Il doit donc exister des lois physiques régissant la structure de l’univers. A nous de les découvrir.

Et face aux phénomènes fortuits, le hasard, il disait (probablement en reprenant l’idée émise à l’origine par Albert Schweitzer)  : « Le hasard est le pseudonyme dont Dieu se revêt, quant Il veut travailler incognito « !

8. Dieu télécommande-t-Il le hasard ? 

Revenons au livre de Ruth.

D’un coté Noémi interprète les circonstances malheureuses qu’elle a vécues (perte de son mari et de ses fils) comme une malédiction de Dieu. Curieusement, et c’est probablement une affaire culturelle, elle ne dit pas :  « Je n’ai pas de chance » ou « c’est le destin » ou « je n’ai pas de bol », elle dit au contraire : « Dieu m’en veut à moi, du moment qu’Il m’a privé de mes proches, et par conséquent de tout soutien matériel ».

La question qu’on en déduit est évidente : Si vraiment Dieu lui en veut tant que cela, on peut se demander pourquoi ? Le texte ne le dit pas. Elle semble se résigner au fait qu’une tuile est

de toute façon un effet de la volonté de Dieu. A-t-elle raison ? Nous appellerions cela du fatalisme ! Dieu le veut n’est-ce pas, on ne peut rien y faire, c’était écrit…

L’auteur du livre de Ruth aurait pu dire : « Dieu fit que Ruth alla précisément dans le champ d’un parents qui avait droit de rachat sur elle ». Ce qui aurait été tout à fait exact, vu la tournure des événements. Mais aucun des traducteurs que nous avons mentionnés n’a osé traduire de cette façon, sans doute parce que le nom de Dieu ne figure pas dans le verset. D’où la mention de la chance, du hasard, du bonheur.

9. Rapprochement avec Esther

Il est intéressant de faire un rapprochement avec le livre d’Ester. Dans des circonstances dramatiques, le juif Mardochée signale à sa nièce, l’impératrice Esther (dont le mari a ordonné le massacre des juifs de son empire), qu’elle doit agir pour changer le cours des événements, en implorant la clémence de l’empereur.

Esther 4/13-14

13  Mardochée lui fit répondre : Ne t’imagine pas qu’étant dans le palais impérial, tu seras épargnée à la différence de tous les autres Juifs !

14  Bien au contraire ! Car si tu persistes à garder le silence dans les circonstances présentes, le salut et la délivrance viendront d’ailleurs pour les Juifs, alors que toi et ta famille, vous périrez. D’ailleurs, qui sait si ce n’est pas en vue de telles circonstances que tu es devenue impératrice ?

Traduction intuitive : est-ce que, par hasard ce ne serait pas pour de telles circonstances que tu es devenue impératrice ? Pas la moindre allusion à Dieu. Et pourtant ils sont Juifs, croyant par définition pourrait-on dire.

10 Rapprochement avec Jonas

Autre cas de hasard relatif à une situation malheureuse : le récit de Jonas.

Lorsqu’une tuile arrive, on commence comme d’habitude par recenser nos propres moyens, nos propres forces. Mais quant on en a fait le tour, on spiritualise la situation, en l’occurrence on recherche une cause ou un coupable.

Dans le contexte culturel de Jonas, toute catastrophe est due au fait d’avoir offensé une divinité ou un esprit qu’il faut impérativement calmer. On ne sait pas qui on invoque, mais il faut agir avant que le bateau ne coule. C’est un climat de superstition. Mais il y a un hasard assez étonnant dans les versets 7 et 8 (rappel pour mémoire) :

7  Et ils se dirent l’un à l’autre: Venez, et tirons au sort, pour savoir qui nous attire ce malheur. Ils tirèrent au sort, et le sort tomba sur Jonas.

8  Alors ils lui dirent: Dis-nous qui nous attire ce malheur. Quelles sont tes affaires, et d’où viens-tu? Quel est ton pays, et de quel peuple es-tu?

14  Alors ils invoquèrent l’Eternel, et dirent: O Eternel, ne nous fais pas périr à cause de la vie de cet homme, et ne nous charge pas du sang innocent ! Car toi Eternel, tu fais ce que tu veux.

15  Puis ils prirent Jonas, et le jetèrent dans la mer. Et la fureur de la mer s’apaisa.

Il est intéressant de voir ces deux formulations côte à côte :

Ø       Tirons au sort (jeu de hasard) pour savoir qui nous attire ce malheur…

Ø       Dis-nous qui nous attire ce malheur.

De cet épisode où le hasard n’est pas banal, il serait extrêmement dangereux de déduire qu’une tuile qui arrive par hasard est une punition divine, donc une bénédiction puisqu’elle nous corrige, n’est-ce pas ?

11. Où est Dieu ?

Nous avons lu dans le livre des Actes, l’exaspération de l’apôtre Paul à Athènes. Et il affirme que malgré que Dieu ne soit point visible, Il est tout près de nous avec nous. Il est même prévu que les hommes le recherchent comme en tâtonnant. On dirait « un peu au hasard » ou par empirisme. Il y a à l’évidence une part humaine et une part divine dans la révélation de Dieu.

12. Dieu invisible mais présent

Quoi qu’il en soit Dieu n’est pas visible aujourd’hui. Il était visible en la personne de Jésus en Galilée. Nombreux sont ceux qui l’ont identifié comme l’empreinte visible du Dieu invisible, mais nombreux ont aussi été ceux qui n’ont rien discerné.

C’est une bonne chose que Dieu soit invisible, car personne ne peut le prendre en otage en disant « Il est ici ou il est là, chez nous… Il est des nôtres…».  Or malgré qu’Il soit invisible, il se laisse trouver, connaître.

13. Quelques indices de sa présence

Dieu se révèle par divers signes évidents, que tout le monde peut voir, mais qui nécessitent une interprétation, voire un choix. Quelques exemples : 

Ø       En contemplant la nature (de l’atome au cosmos), si je ne peux rien prouver quant à l’auteur de tout cela, je penser que c’est le hasard, l’évolution, un mystère, etc. Mais je peux choisir de croire qu’il y a un auteur et créateur de tout cela, Dieu, et qu’il a un projet concernant sa création.

Ø       En ce qui concerne l’Histoire, je peux penser que c’est chaotique, qu’en fait l’Histoire est l’histoire de la guerre, que décidément c’est désespérant de voir les mêmes erreurs se répéter de générations en générations, comme si l’homme n’apprenait rien de l’histoire…

Mais je peux choisir de croire que l’Histoire a un sens, que le Dieu invisible donne des signes de sa présence dans les événements, qu’Israël est un peu le fils conducteur de l’histoire et que le Royaume va arriver bientôt et subitement !

Ø       En ce qui concerne la Bible, je peux la considérer comme une jolie collection de 66 ouvrages historiques, poétiques, prophétiques, biographiques, etc. classés ou rassemblés au hasard des circonstances ou des sensibilités des théologiens.

Mais je peux choisir de croire que cette collection de 66 ouvrages présente une cohérence, un fil conducteur qui lui donne son statut de parole de Dieu, parce que j’y discerne un plan pour l’Humanité et pour ma vie, un signe étonnant de la présence du Dieu invisible qui me donne des instructions pour ma vie.

Ø       En ce qui concerne l’Homme de Galilée, je peux voir en lui un sage qui a porté un enseignement remarquable en son temps, bien qu’il n’ait pas eu de chance, étant né par un malheureux hasard sous l’occupation romaine. Cela tombait mal car il ne pouvait pas prendre le pouvoir, d’où son lamentablement échec sur une croix, profond démenti de son discours et de son apparente puissance messianique…

Mais je peux choisir de croire que malgré les apparences en totale contradiction avec ce qu’on peut attendre de Dieu, il était en vérité le Christ, le Fils du Dieu vivant, celui par qui j’ai connu le seul vrai Dieu et son plan de salut pour toute l’humanité !

Pourquoi la gloire de Dieu est-elle comme voilée… du moins jusqu’à la venue du Royaume ?

C’est parce que si la Gloire de Dieu et son identité étaient manifestes et évidentes, il n’y aurait plus besoin de la foi, nous aurions la preuve.

14. Conclusion

Quel rapport avec le hasard ?

Evoquons encore une brève citation du livre des Proverbes (Pr. 16/33) :

 « On jette le sort dans le pan de la robe, mais toute décision vient de l’Eternel. »

Il est pour le moins curieux d’associer le tirage au sort avec la décision de l’Eternel. Pourquoi utiliser le sort, alors qu’on pourrait décider sereinement en pesant le pour et le contre ?

Dans l’Antiquité, la prise de décision en jetant les dés sacrés (urim et thumim) était courante lorsqu’une question était difficile à trancher. Cela évitait un risque de querelle de parti ou un arbitrage humain.

Tirer au sort ou invoquer le hasard revient à déléguer une décision à la statistique, à la probabilité. C’est une façon d’éviter le risque de se tromper ou d’être pris à partie, voire d’éprouver le regret de s’être trompé. Naturellement, quant on a tiré au sort… ce n’est plus moi, c’est le sort, le hasard… qui a décidé !

Si des circonstances fortuites, des hasards comme nous disons, arrivent, ne devrions-nous pas au moins acquérir le réflexe de nous dire : pour moi, c’est un hasard certes, mais cette circonstance ou cet événement reste sous la souveraineté de Dieu qui en connaît Lui, la raison.

Notre difficulté est plutôt de décoder les circonstances que nous appelons hasard. Parfois nous comprenons plus tard, parfois les événements semblent incompatibles avec l’existence de Dieu.

Cependant, si le hasard réel existait (les événements purement aléatoires) dans notre vie, c’est que Dieu serait indifférent ou qu’Il pourrait être dépassé par certaines situations.

Or un Dieu qui serait dépassé par certaines situations ne serait pas Dieu !

Quels que soient nos circonstances, bonnes ou mauvaises, Dieu connaît et comprend ce qui nous arrive ; aussi ferons-nous bien de suivre le conseil du psalmiste :

Psaume 31/13-15

J’apprends les mauvais propos de plusieurs, L’épouvante qui règne à l’entour, Quand ils se concertent ensemble contre moi: Ils complotent de m’ôter la vie.

Mais en toi je me confie, ô Eternel! Je dis: Tu es mon Dieu!

Mes destinées sont dans ta main; Délivre-moi de mes ennemis et de mes persécuteurs !

  Module d'animation
pour organiser quatre semaines d'écoute de la Bible à partir d'un enregistrement audio, jumelées à des prédications
 
 
  Pour d'autres sujets de prédication