Une église
entre deux mondes

Josué chapitre 2
par Henri Bacher


Cette idée de prédication, se basant sur l’histoire de Rahab, la prostituée de Jéricho, tourne autour de l’adaptation de l’église dans notre monde post-moderne. Comment doit-elle se positionner, quels sont les enjeux, que doit-elle développer comme aptitudes et comme attitudes parmi ses membres? Cette histoire est prise comme une sorte de parabole. Nous n’en faisons pas directement une explication détaillée, comme c’est l’usage dans une approche analytique du texte, mais cette prostituée est une sorte d’image que nous allons utiliser pour notre démonstration. Inutile de vous dire qu’on ne peut pas exploiter le style parabole jusqu’au bout: l’église se compare difficilement à une prostituée, surtout dans une approche positive! Donc, prenez ma démonstration avec des pincettes et donnez-vous la peine d’avertir votre auditoire de votre manière d’interpréter ce texte ou de l’exploiter.

[Développement]  

Les deux mondes face à face. Le monde étant pris ici comme une entité sociale, politique, économique, culturelle et religieuse.

1. Celui de Rahab ou de Jéricho
C’est le monde de la forteresse, bien au chaud derrière de hautes murailles pour se protéger de ceux du dehors. La ville vit de son commerce, aujourd’hui on dirait qu’elle a développé une économie de marché. C’est une agglomération prospère et du point de vue de ses fortifications, elle est stable et forte. C'est un pays où coule le lait et le miel! Par contre, du point de vue de son éthique, de sa spiritualité, elle fait partie d’un monde décadent. Dieu avait dit à Abraham que ses descendants n’allaient envahir le pays promis que lorsque le mal arrivera à son comble parmi ces peuples (Genèse 15, verset 16). Dieu veut donner un coup de frein à cette décadence.

Avant que le couperet ne tombe d’une manière dramatique, cette forteresse s’est stabilisée autour de deux points d’ancrage: celui du pouvoir qu’elle détient de par sa position, ses infrastructures, son commerce et celui de la sécurité derrière ses murs. De plus, elle est très bien organisée, décadence ne rime pas forcément avec désordre: ses policiers repèrent très vite que dans la maison de Rahab, il y a des gens qui ne devraient pas y être. Le renseignement, la CIA de l’endroit fonctionne donc bien et montre que cette ville n’était pas laissée à elle-même. De plus, sa « gendarmerie » lance des patrouilles à l’extérieur pour débusquer les espions en fuite.

C’est un monde rigide, avec une longue histoire et apparemment très policé. 

2. Celui des Israélites
C’est un peuple constitué d’anciens esclaves dont la majorité n’est libre que depuis une quarantaine d’années. Ils voyagent ou plutôt ils nomadisent à travers un désert parsemé d’oasis. Ce sont des assistés économiques par miracle interposé, celui de la manne et des cailles, sinon ils auraient disparu depuis longtemps de la surface de la terre. On dirait aujourd’hui, qu’ils avaient une économie de subsistance et que s’ils n’étaient pas soutenus par les instances «internationales», ils «crèveraient» dans leur désert.

Sans l’assistance de leur Dieu, le Dieu d’Israël, ils se changeraient en réfugiés économiques. Ils n’ont pas d’armée régulière, ni de police, ni de roi, ni de gouvernement. C’est une théocratie dirigée par des prêtres avec Moïse à leur tête. Au yeux des possédants de l’époque, tout comme aujourd’hui, c’est un monde qui ne fait pas le poids vis-à-vis de la «forteresse». Nous connaissons de plus en plus ce genre de situation en Europe, une «forteresse» assiégée par des peuples que nous qualifions d’assistés économiques. Leurs motivations ne s’appuient pas sur la sécurité et le pouvoir, mais sur l’espérance, l’espérance d’un monde meilleur. Pour Israël, il y avait encore un élément de plus: ils avaient une promesse. La promesse de Dieu est un moteur impressionnant dans le cœur des hommes, un vrai bulldozer lorsqu’il s’agit de transporter des «montagnes»… ou de faire crouler des «murs». Dans le combat de l’espérance contre le réflexe sécuritaire et le pouvoir, c’est toujours l’espérance qui l’emporte. Le monde des israélites est mobile à souhait, ils n’ont pas de territoire à défendre, ni de richesse à conserver et ils ont tout à gagner en affrontant la forteresse. S’il n’y a qu’un seul point d’ancrage (l'espérance), bien centré, l’ensemble devient très mobile. S’il y a deux points d’ancrage (sécurité et pouvoir), l’ensemble devient statique.

    Rahab face aux deux mondes
Ou plutôt, il faudrait dire, une femme entre deux mondes. Elle fait partie de la forteresse, mais elle s’est liée avec le monde nomade. Contrairement à ce qu’on aurait pu attendre d’elle, elle a choisi son camp. Elle n’est pas restée indécise. On dira qu’elle a été inspirée par Dieu. Ce qui est sûr, mais l’inspiration n’est pas quelque chose qui vous tombe dessus sans crier gare. Elle a sûrement entendu parler de ce peuple. Les voyageurs lui ont décrit les coutumes et les comportements des Israélites. C’est une femme, qui, à côté de l’inspiration, avait du flair, de l’intuition, qui était renseignée. Elle savait que le monde des nomades allait bousculer celui de la forteresse. Une constante dans l’histoire humaine: Rome s’est fait saccager par les «barbares», des nouveaux venus comme les réformés qui sont arrivés dans les manches des humanistes, à la fin du Moyen-Âge, ont mis à mal les catholiques, les «réveillés» de la fin du XIX siècle, ont fait plonger les réformés un siècle plus tard. Il n’y a pas que sur le plan religieux que le phénomène s’observe. En peinture, les impressionnistes et d’autres courants modernes ont balayé la vieille peinture pompeuse et sombre. La peinture de ces nouveaux venus sur la scène artistique a été méprisée, alors que c’est elle qui s’offre aujourd’hui les plus beaux musées du monde.
Le courant post-moderne est un monde «barbare» à nos yeux, méprisable, «nomade», mais c’est ce monde qui va nous absorber. Inutile de fortifier la forteresse. Du reste, ses murs sont en train de s’écrouler, sous l’effet d’une décadence interne.

Rahab pourrait devenir une figure de l’église actuelle. Elle a du flair et elle s’intéresse à ce monde «nomade», barbare. L’erreur, ce serait de vouloir transformer les barbares pour les assimiler et les réintégrer derrière le mur de la forteresse, dans une église bien structurée et établie de longue date. Ne me faites pas dire, ce que je n’ai pas voulu dire: je ne prône pas que les «barbares» soient acceptés tel quel avec leurs «barbaries». D’ailleurs l’église devrait toujours s’habituer à vivre entre deux mondes. Elle devrait contester et son passé et son avenir et ne pas se laisser assimiler par personne.
Il est clair que dans le récit de Rahab, le peuple d’Israël ne peut être comparé à un peuple barbare dans le vrai sens du terme. C’est là, la limite de l’exploitation de cette histoire.


 

 

 

  L’attitude de «Rahab-église»

a) Curiosité, flair, ouverture et connaissance de son milieu de vie
L’église doit développer une attitude de curiosité. Elle doit être ouverte à d’autres courants, mais elle doit aussi rester en dehors par rapport à son contexte socio-culturel. Dieu a choisi une marginale comme Rahab pour ouvrir une brèche et comme église nous devrions être attentifs aux marginaux. Quand je parle de marginaux, je ne pense pas forcément à des personnes qui n’arrivent plus à s’insérer dans un tissu social, mais plutôt à des personnes qui semblent excentriques, spéciales, différentes et qui vivent d’une manière hors norme. L’artiste est souvent un marginal. Il est porteur de nouveauté. Il révèle l’invisible. Jean-Baptiste était un marginal. On dirait aujourd’hui un original. Jésus n’a pas puisé ses disciples dans l’establisment religieux de son époque, mais parmi des «marginaux» venant de la Galilée. Que peut-il venir de bon de Galilée (Jean chapitre 1 verset 46)? Jésus, lui était un marginal par rapport au système religieux.

b) Prise de risques
C’est peut-être l’enseignement le plus flagrant de cette histoire. Rahab a pris des risques énormes, rien que sur des promesses faites par des hommes ayant fréquentés son «bordel»! L’église doit prendre des risques. Risques d’être mal vue par les autres églises alentours, risques de se tromper et de miser sur le mauvais cheval. Mais Dieu prend aussi des risques avec nous, pourquoi nous, on n’en prendrait pas avec les autres?

c) Apprentissage de la vie entre deux mondes
Comme Rahab, nous ne pouvons pas quitter notre «forteresse» du jour au lendemain. Comment l’église peut-elle vivre entre ces deux mondes? Celui qui la nourrit, au sens propre comme au sens figuré et celui dont elle ne discerne pas encore les vrais contours? Aujourd’hui nous devons apprendre à ne pas construire un futur comme si l’avenir était dans la forteresse, même décadente. Nous ne pouvons non plus recycler nos théologies, notre éthique pour ce monde entre deux, il nous faut développer une théologie «entre-deux», puisque nous ne pouvons même pas savoir quelle forme et quel contenu aura le nouveau monde: une théologie de l’éphémère, de l’instable, de l’insécurité, mais sûrement une théologie de l’espérance. Dans ce nouveau monde l’évangile aura sa place, comme il l’a ou l’a eu dans la forteresse.

d)
Développement d’expériences de précurseurs
La Réforme, par exemple, n’est pas un mouvement qui est né par génération spontanée, du jour au lendemain. Il y a eu des précurseurs comme Jean Hus à Prague ou un Pierre Valdo à Lyon. Jésus, lui-même, avait, en Jean-Baptiste, un prophète qui lui a préparé le terrain. C’étaient des personnages du monde «entre-deux». Nous devons favoriser des expériences ecclésiales et communautaires qui prennent en compte le monde «nomade» tout en sachant que ces nouvelles formes d’expériences religieuses ne seront probablement pas les standards pour le futur. Nous ne pouvons pas nous économiser le tâtonnement et surtout il faut apprendre à ne pas investir massivement en argent et en temps dans des activités qui seront déjà dépassées dans une décennie.







 

Conseil:
Lisez en parallèle
le livre d'Habacuc

  Pistes à explorer

a) Du point de vue communautaire
- Comment élaborer une stratégie d’église pour un monde «entre deux»?
- Quelles priorités?
- Pourquoi vaut-il la peine de se battre?
- Que faudra-t-il enseigner?
- Sur quels points d’éthique va-t-on mettre l’accent?
- Quels thèmes de prédication va-t-on mettre en avant?
- Quels types d’appels va-t-on adresser aux non-chrétiens? Un appel en relation avec l’esprit «forteresse», l’esprit «entre-deux» ou l’esprit «nomade»?

b) Du point de vue personnel
- Comment construire sa vie et celle de sa famille dans un monde «entre-deux» en pleine mutation?
- Quelles sont les valeurs essentielles pour le monde «entre-deux»?
- Quels types de relation faut-il construire entre deux personnes?
- Quelles sont les convictions que je dois laisser tomber et quelles sont celles que je dois mettre en avant?
- S’il y a seulement une chose que je devrais inculquer à mon fils ou à ma fille, quelle est cette «chose», cette attitude?
- Si je devais laisser quelque chose à ma descendance de quoi s’agirait-il?
- Que puis-je faire pour préparer les chemins du Seigneur à l’image d’un Jean-Baptiste?
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pour organiser quatre semaines d'écoute de la Bible à partir d'un enregistrement audio, jumelées à des prédications
 
 
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