Eglise et entreprise
à caractère chrétien:

quelle cohabitation?
par Henri Bacher


Une entreprise commerciale à fonds privés, peut-elle se substituer dans certains cas à l’église? Un entrepreneur peut-il revendiquer un ministère spirituel dans le cadre de ses activités commerciales au service de l’église? Autant de questions qui restent en suspens et qui a la longue, lorsqu’elles n’auront pas trouvé de réponses adéquates, vont nous empoisonner l’existence.

 Mots et phrases-clés pour cerner rapidement le contenu de l'article:

Eglise - entreprise - entrepreneur -business avec l'église - activités commerciales dans le cadre de l'église

L’église a souvent fluctué entre son allégeance au pouvoir et sa contestation de celui-ci.

Dans notre monde occidental, ce n’est plus le pouvoir politique qui domine, mais bel et bien le pouvoir économique.

Seulement, voilà ! Le problème, c’est que tous les entrepreneurs ne sont pas des «Christ» en puissance et il faut un contre-pouvoir pour que le monde économique garde ses limites et comprenne l’étendue de son pouvoir.

Les pouvoirs ne sont pas interchangeables. Chacun a son rôle à jouer. Si l’entreprise se met à jouer à être église, elle va s’appauvrir et disparaître. Elle ne peut pas fonctionner comme une œuvre de bienfaisance, même si elle participe indirectement ou directement au bien-être de la population.

L’église et l’entreprise sont comme deux lignes de trains qui se croisent et vont chacune à l’opposé de l’autre. Le train de l’église s’en va vers sa destination phare: servir les pauvres! L’économie se dirige vers le pôle de la richesse.

Je m’imagine volontiers le train montant qui dépose des marchandises sur les quais communs de la gare, pour celui qui descend.

Conseils aux entrepreneurs:

1. Lorsque vous êtes dans une relation marchande avec l’église, c’est-à-dire chaque fois que vous faites payer une de vos prestations, gardez strictement votre rôle de marchand. Ne jouez pas sur deux tableaux: à la fois comme marchand et à la fois comme « ministre » ou personne engagée au service de l’église. Il y va aussi d’un certain respect pour ceux qui travaillent à plein temps dans l’église et qui ne sont que des salariés, pour ceux qui y sont bénévoles, alors que vous possédez une entreprise et que vous gagnez de l’argent avec leur engagement (même si ce n’est pas le Pérou).
 
2. Evitez de vendre vos prestations, en profitant des manifestations organisées par l’église.

3. N’utilisez pas des symboles chrétiens comme faire-valoir pour votre marchandise ou votre activité commerciale (le poisson, par exemple).

4. Ne mettez pas la faute sur le dos des chrétiens, lorsque vous ne gagnez pas beaucoup au contact de l’église, surtout si vous êtes nouveau dans le business. La plupart des entreprises non liées à  l’église ont autant galéré que vous, avant d’être bénéficiaires. Un chanteur voudrait tout de suite réussir dans l’église, alors que ses confrères non-chrétiens mettent souvent des années pour arriver à vivre de leur art. Ce n’est pas à l’église de payer pour le développement d’une entreprise privée quelle qu’elle soit.

 

Conseils à l’église

1. Faites ce que Dieu vous demande et non ce que votre cœur a envie. L’église fait souvent appel aux entrepreneurs pour réaliser des rêves que Dieu ne lui a pas imposés. La pauvreté est une vertu biblique et un modèle de vie. Apprenez aussi à réfréner vos ambitions et à ne pas vivre au-dessus de vos moyens.

2. Si vous demandez au commercial de respecter votre espace, respecter aussi le sien, payez-le selon les prix du marché et ne mendiez pas des baisses substantielles sous prétexte qu’il a l’église comme client et que c’est un frère.

3. Ne faites pas de troc: encart publicitaire contre finances. Qu’aurait fait Jésus, en voyant une affiche publicitaire sur les murs du parvis du temple? Pour un institut de change, par exemple? La publicité est une activité commerciale et non philanthropique. Le commerçant attend un retour sur investissement.

4. Ne vous laissez pas dicter le contenu de vos prestations et de vos activités par le marchand.

5. Ne prenez pas dans vos conseils d’organisations à but non lucratif, des entrepreneurs trop proches de votre sphère d’activité.

 

Le rôle des pouvoirs
Le monde en général est régi par des pouvoirs et des autorités instaurées par Dieu. Sans cette structuration, une société ne peut pas vivre. Je pars donc de cette notion de pouvoir « bon », en faisant abstraction de toutes les déviances, les usurpations, les malentendus liés à la pratique de l’autorité. Or, pour que ces autorités puissent fonctionner normalement et remplir leur rôle de régulateur, il faut les séparer, les rendre autonomes, l’une par rapport à l’autre. Si le pouvoir politique chapeaute en même temps les décisions de la justice, c’est le début de l’arbitraire. D’où la lutte farouche des magistrats pour rester libre vis-à-vis de l’appareil politique. Plus les pouvoirs se concentrent sur une seule institution ou sur une seule personne, plus il y a risque de manipulation et de dictature. Mieux les pouvoirs sont répartis, même dans des institutions qui se concurrencent, plus on s’approche de la démocratie.

L’église a souvent fluctué entre son allégeance au pouvoir et sa contestation de celui-ci. Aujourd’hui, nous avons encore des églises d’état au milieu d’une majorité de communautés qui se sont libérées du poids de celui-ci. Or, nous savons tous par expérience, que lorsque l’église perd son autonomie, elle perd aussi souvent son âme.

Tous les entrepreneurs ne sont pas des "Christ"
Dans notre monde occidental, ce n’est plus le pouvoir politique qui domine, mais bel et bien le pouvoir économique. On sait très bien que les élections sont plus souvent téléguidées par des options économiques que par des enjeux politiques ou même religieux, quoi qu’on en dise. Qui est-ce qui conteste la suprématie de l’économie? L’église a plutôt un profil bas dans cette confrontation, laissant aux alter-mondialistes le soin d’occuper le haut du pavé.

Il est important d’affirmer que le développement de l’économie est un bienfait pour la société, surtout, lorsqu’il est bien maîtrisé et géré par ses promoteurs. La société est stabilisée par des entreprises saines et prospères où tout un chacun profite de la richesse commune. C’est donc un facteur d’équilibre et il faut se réjouir lorsque des chrétiens se lancent dans le business. Qui d’autre qu’eux peuvent le faire d’une manière exemplaire et efficace, sans exploiter leurs employés? La prospérité et l’enrichissement sont tout aussi bibliques que le renoncement et l’esprit de pauvreté. Tout ce qu’on espère lorsqu’un ivrogne sort du caniveau, c’est qu’il puisse aussi évoluer du point de vue économique; dire qu’une personne «s’en est sortie» passe aussi par un aspect matériel.

Seulement, voilà ! Le problème, c’est que tous les entrepreneurs ne sont pas des «Christ» en puissance et il faut un contre-pouvoir pour que le monde économique garde ses limites et comprenne l’étendue de son pouvoir.

Service ou commerce?
Les pouvoirs ne sont pas interchangeables. Chacun a son rôle à jouer. Si l’entreprise se met à jouer à être église, elle va s’appauvrir et disparaître. Elle ne peut pas fonctionner comme une œuvre de bienfaisance, même si elle participe indirectement ou directement au bien-être de la population.

Quand l’économie emploie le terme de service (société de services par exemple), elle galvaude un terme chrétien. Une prestation liée à une rémunération n’est plus un service selon l’esprit de la Bible. Lorsque l’apôtre Paul parle de l’ouvrier qui doit recevoir un salaire pour son travail, c’est dans l’optique du partage de ressources entre chrétiens pour accomplir la mission commune. Ce n’est pas lié à l’enrichissement et à la prospérité matérielle. Lorsque les entreprises s’intéressent à l’église, elles le font dans des domaines qui rapportent ou qui sont susceptibles de rapporter. La mission, l’humanitaire sont rarement pris d’assaut par des entrepreneurs, tandis que le secteur des loisirs et de l’éducation (musique, vacances, croisières, voyages, littérature, internet, jeux électroniques, etc.) le sont beaucoup plus. Lorsqu’un entrepreneur sponsorise une manifestation chrétienne, il ne fait qu’utiliser l’un des principaux instruments de marketing des sociétés actuelles. Rien de chrétien! Par conséquent, si l’église vient manger dans la main du commercial, pour subvenir à ses besoins, elle ne peut guère le contester et le remettre à sa vraie place. C’est comme le magistrat qui est noyauté par les politiques qu’il est censé juger.

D’un autre côté, si l’église se transforme en entreprise, par exemple, en monnayant ses prestations, elle rate sa vocation de servir avant tout les plus pauvres. Ce qui ne veut pas dire que les deux ne peuvent pas emprunter des aspects, des valeurs, des techniques de travail propre à l’autre. Il s’agit plus de but et de vocation, que d’organisation ou de techniques de travail. L’église est un espace de service (là où l’on perd du temps, de l’argent, de l’énergie, pour les autres). La boîte qui fait du commerce se place sur un espace commercial (là où l’on doit gagner de l’argent pour survivre, n’étant pas subventionné par des dons).

L’église et l’entreprise sont comme deux lignes de trains qui se croisent et vont chacune à l’opposé de l’autre. Le train de l’église s’en va vers sa destination phare: servir les pauvres! L’économie se dirige vers le pôle de la richesse. Dieu ne nous a pas créés pour devenir pauvre, mais pour prospérer y compris sur le plan matériel. L’appel à la pauvreté et à l’humilité a été lancé pour contrebalancer le pouvoir d’un système économique qui fonctionne en roue libre par rapport à Dieu. C’est un régulateur pour la société et l’église en est le dépositaire principal.

Je m’imagine volontiers le train montant qui dépose des marchandises sur les quais communs de la gare, pour celui qui descend. Certaines entreprises ont mis sur pied des fondations pour matérialiser cet acte de partage. Je vois aussi des chrétiens, qui tantôt voyagent dans le train qui monte et tantôt s’installent dans celui qui descend. Chaque fois, il faut qu’ils changent de mentalité. Dans l’un, c’est un gagneur, c’est ce qu’on appelle avoir un esprit d’entreprise et dans l’autre c’est un « perdeur » (pas un perdant!). C’est ce qu’on appelle avoir un esprit de service ou je dirais un ministère. On ne parlera jamais de ministère d’entrepreneur, alors pourquoi le commercial, lorsqu’il vend ses prestations à l’église, se dit avoir un ministère?

Bien sûr, il y a toutes les nuances possibles, mais il est important de ne pas mélanger les espaces et les genres. Et singulièrement, les contours s’estompent. Si nous ne faisons pas attention, l’église sera mangée par l’économie, comme elle a été mangée, en son temps, par les politiques, les rois, les princes. Vous, les entrepreneurs chrétiens du voyage, de la chanson, du spectacle, de l’internet, de la vidéo, de la télé, soyez des gagneurs, mais de grâce, ne nous demandez pas de faire monter l’église dans votre train! Et, si vous venez dans le nôtre, redevenez de simples chrétiens désireux de servir et laissez votre business sur le quai de la gare.

 
 
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