Mots et phrases-clés pour donner un aperçuPostmodenité,
églises émergentes, adaptation culturelle, église en réseau, pasteur d'un réseau.
Pourtant, on ne change pas de culture comme de
chemise! L’apôtre Pierre, lui, n’a jamais « percé » dans le monde
romain, comme Paul. Ce dernier avait reçu une éducation multiculturelle,
hébraïque et romaine et pouvait de ce fait, s’investir sans trop de
difficulté dans le monde romain. Aujourd’hui, beaucoup de pasteurs sont
des « Pierre », très spirituels, très engagés, mais pour rejoindre le
nouveau monde, il leur faut une révélation spéciale, du même type que
celle que Pierre a reçue dans la maison de Corneille.
Or, il faut être réaliste, les églises qui progressent, sont liées de
près ou de loin à ces mouvements que je qualifie de « chauds ». Il est
donc impératif que nous mettions aux commandes de nos églises des
« Paul » qui soient multicuturels, transculturels, des gens qui ont
pied, à la fois, dans les mass-média électroniques, dans le monde de
l’émotion et dans la culture du livre.
Vivre en harmonie avec sa culture est un facteur
de bonheur, de joie, de satisfaction, or si nous voulons continuellement
changer de « culture ecclésiastique » à l’intérieur de nos communautés,
on fait fausse route et on pousse un certain nombre de personnes dans
l’instabilité, dans la frustration.
Si on a des difficultés d’adaptation, il faut
aussi en tirer les conséquences: l’église ne va pas grandir. De ce fait,
je pense que certains mouvements d’églises, de par leur rejet de la
spiritualité émotionnelle ou leur incapacité de l’intégrer, vont
simplement s’éteindre d’eux-mêmes. Il faut accepter cette perspective,
sans se culpabiliser.
Longtemps, j’étais opposé aux jeunes qui lançaient
leur propre église, maintenant je les encourage. C’est le seul moyen de
développer une nouvelle dynamique correspondant aux attentes de nos
concitoyens.
L’église-mère et la « filiale postmoderne »
travailleront en réseau. Vous serez le pasteur du réseau, mais pas son
patron, même si dans votre configuration d’église, l’ecclésiastique est
considéré comme un leader incontesté! Dans un premier temps, les
anciens, les finances, l’école du dimanche, le groupe de jeunes
pourraient être communs au réseau.
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Adaptation culturelle, clé de l’expansion de l’église
De plus en plus, les responsables de
communautés chrétiennes se rendent compte du fossé qui les sépare de la
culture ou plutôt des cultures de notre génération.
En occident, comme l’église
était bien ancrée dans la culture du livre, de l’école, de l’université
et faisait même corps avec elle, elle ne s’est jamais posé la question
de l’adaptation. Pourtant, elle est un des moteurs de la progression de
l’évangile! On a encouragé les missionnaires outre-mer à « se faire tout
à tous », mais on n’imagine pas qu’on puisse donner la même consigne aux
pasteurs européens. Que se serait-il passé, si l’apôtre Paul avait
continué à vouloir diffuser la foi chrétienne dans la langue hébraïque,
au lieu d’utiliser le grec? Pas grand chose! Il s’est donc soumis, avant
tout, à un critère culturel important pour évangéliser les cités d’Asie
mineure.
Pourtant, on ne change pas de
culture comme de chemise! L’apôtre Pierre, lui, n’a jamais « percé »
dans le monde romain, comme Paul. Ce dernier avait reçu une éducation
multiculturelle, hébraïque et romaine et pouvait de ce fait, s’investir
sans trop de difficulté dans le monde romain. Aujourd’hui, beaucoup de
pasteurs sont des « Pierre », très spirituels, très engagés, mais pour
rejoindre le nouveau monde, il leur faut une révélation spéciale, du
même type que celle que Pierre a reçue dans la maison de Corneille.
Personnellement, je pense que les différents mouvements spirituels de la
fin du 20ème siècle, comme celui lié au mouvement
charismatique, à « Toronto » ou à « Pensacola », sont également des
mises à niveau culturel. Des sortes de chocs donnés par l’Esprit Saint
pour ouvrir les yeux et préparer les gens à d’autres réalités
(culturelles) qu’ils ne connaissaient pas. Certains pasteurs, après une
expérience de type Toronto, vous diront qu’ils ont été libérés de leurs
raideurs, de leur froideur émotionnelle. Pourquoi, le St Esprit
n’agirait-il que sur le spirituel, laissant à la télé ou à la radio le
soin de nous éduquer à devenir compatible avec la culture des gens que
nous voulons atteindre?
Or, il faut être réaliste, les
églises qui progressent, sont liées de près ou de loin à ces mouvements
que je qualifie de « chauds ». Il est donc impératif que nous mettions
aux commandes de nos églises des « Paul » qui soient multicuturels,
transculturels, des gens qui ont pied, à la fois, dans les mass-média
électroniques, dans le monde de l’émotion et dans la culture du livre.
L’adaptation culturelle a des limites
Nous ne pouvons pas vivre sans culture. Elle transporte des valeurs,
véhicule des modes de compréhension que même l’évangile doit utiliser
pour atteindre les gens. C’est comme un filet de provisions. S’il se
rompt, toutes les denrées (les valeurs, les systèmes de compréhension et
de communication, etc.) qu’il transporte se répandent par terre et se
disloquent. Le mal des banlieues françaises, ce n’est pas seulement une
histoire de chômage; ce sont aussi des « filets » qui se sont rompus et
que des imams essayent de rafistoler. Pour certaines personnes qui
changent de culture en quelques heures, grâce aux transports aériens, on
parle même de « choc culturel »! On ne joue donc pas à la légère avec
l’adaptation culturelle
Vivre en harmonie avec sa culture est un facteur de bonheur, de joie, de
satisfaction, or si nous voulons continuellement changer de « culture
ecclésiastique » à l’intérieur de nos communautés, on fait fausse route
et on pousse un certain nombre de personnes dans l’instabilité, dans la
frustration. Il faut accepter que certains aient plus de facilités que
d’autres à s’adapter. Arrêtons donc de fustiger des croyants qui ont
horreur de lever les bras au ciel pour chanter, qui détestent des
prédications avec des images, qui fuient les réunions trop émotionnelles
en les accusant d’être peu disponibles pour l’action du St Esprit. Notre
spiritualité se mesure sur le terrain de tous les jours, pas dans les
aspects culturels du culte. Autrement dit, le Christ veut voir ce qu’il
y a dans notre filet et non sa forme, sa couleur ou sa texture. Si le
filet est gris comme un costume de protestant, qu’importe, si à
l’intérieur il regorge de nourriture succulente! Se pose, alors, la
question : « Mais comment va-t-on rejoindre tous ceux qui ont une autre
culture? ». Nos enfants, par exemple, qui préfèrent les images aux
discours, qui s’instruisent en jouant, qui surfent, qui grappillent, qui
vivent plus avec l’émotion qu’avec leur raisonnement et qui eux
détestent la culture des parents et celle des grands-parents!
Alors, que faire ?
Si on a des difficultés d’adaptation, il faut aussi en tirer les
conséquences: l’église ne va pas grandir. De ce fait, je pense que
certains mouvements d’églises, de par leur rejet de la spiritualité
émotionnelle ou leur incapacité de l’intégrer, vont simplement
s’éteindre d’eux-mêmes. Il faut accepter cette perspective, sans se
culpabiliser. La difficulté d’adaptation n’est pas un péché! Longtemps,
j’étais opposé aux jeunes qui lançaient leur propre église, maintenant
je les encourage. C’est le seul moyen de développer une nouvelle
dynamique correspondant aux attentes de nos concitoyens. Faut-il pour
autant, qu’un pasteur, qui se trouve à la tête d’une église « froide »,
qui a des difficultés d’adaptation, fasse une croix sur toute croissance
de sa communauté? Dans une certaine mesure, je dirais oui! Elle croîtra
peut-être avec des croyants qui ont du mal à s’adapter dans des églises
qui ont viré au postmodernisme culturel, mais ce ne sera qu’un effet de
vase communicant. Ce que les anciennes communautés devront développer,
c’est de la compassion pour les nouveaux, en se disant que la jeune
génération ira dans des espaces culturels où eux ne pourront jamais
aller.
Le même problème s’est posé
entre les premiers chrétiens issus de la synagogue et ceux qui venaient
du paganisme. Paul n’a pas renforcé le christianisme proche du judaïsme,
mais il a davantage investit dans le nouveau monde. Il est bien clair
que les divergences entre ces deux types de communauté n’étaient pas
uniquement d’ordre culturel, mais il n’empêche que la culture y jouait
également son rôle.
Par contre, je ne désespère pas
qu’un pasteur de « vieilles outres » ne puisse accompagner les jeunes,
mais il faut qu’il accepte de ne pas les ramener dans le giron
(culturel) de sa communauté existante.
Conseils pratiques
- Prenez les devants. N’attendez pas que le malaise culturel, souvent
déguisé en conflit théologique, se pointe pour prendre des mesures
adéquates.
- Ouvrez un espace de culte et d’activités distincts, dont vous ne serez
pas forcément l’homme-orchestre. Donnez la responsabilité à une personne
ou un groupe « douée » en postmodernité.
- En pratique, ces personnes pourraient avoir un culte le dimanche soir,
avec un style totalement différent de l’ancienne communauté.
- L’église-mère et la « filiale postmoderne » travailleront en réseau.
Vous serez le pasteur du réseau, mais pas son patron, même si dans votre
configuration d’église, l’ecclésiastique est considéré comme un leader
incontesté! Dans un premier temps, les anciens, les finances, l’école du
dimanche, le groupe de jeunes pourraient être communs au réseau.
- Laissez beaucoup de place à l’expérimentation, aux erreurs, aux
échecs. Sans échecs pas de développements importants!
- Faites bien le tri entre ce qui est culturel et ce qui est
théologique. Définissez ensemble ce qui n’est pas négociable (certaines
options théologiques fondamentales, comme par exemple, Jésus-Christ mort
et ressuscité), ce qui est négociable (la pratique, par exemple, des
dons spirituels) et ce qui est du domaine de la liberté (habillement,
langage, disposition de la salle de culte, etc.).
- Mettez en place une instance interne de recours pour les litiges.
- Préparez l’ancienne communauté à ne pas s’attendre à être clonée, mais
à donner naissance à un organisme totalement différent de l’ancien.
- Ménagez des rencontres de réseau basées sur des repas, avec une
activité cultuelle qui se résume à l’essentiel.
- Laissez jouer naturellement les transferts d’un groupe à l’autre, mais
pour les responsables faites un choix en accord avec les intéressés.
- Ce que je propose n’est pas un essaimage, qui justement reproduit un
modèle ancien, dans un nouvel espace géographique. Il s’agit plutôt
d’une nouvelle sorte de graine, que vous allez semer. Vous donnerez à
cette « graine » le terreau nécessaire (un espace de vie et d’action),
un tuteur (le rôle du pasteur), de l’engrais (des finances, des
encouragements). Une couverture de prières pour la garder des prédateurs
et vous éviterez de la tailler pour la rendre conforme au manuel de
production de votre fédération d’églises.
Les erreurs à ne pas commettre
- Croire que la culture postmoderne est plus décadente que celle du
livre. Deux guerres mondiales et 6 millions de juifs tués ont bien été
perpétrés par les tenants de la culture du livre où la télévision était
quasi inexistante.
- Croire que la culture postmoderne ne touche que des jeunes entre 15 et
25 ans et que lorsque ces jeunes se marient et fondent une
famille, ils vont revenir au bercail. Les postmodernes se retrouvent
dans toutes les tranches d’âge.
- Croire qu’un pot-pourri de pratiques mélangeant en alternance
émotion et froideur intellectuelle puisse répondre à l’insatisfaction
des uns et des autres. Une culture, par définition, est homogène,
compacte et non pas hétérogène.
- Un groupe quel qu’il soit, ne peut pas vivre paisiblement, avec
plusieurs types de cultures à la fois, à moins d’avoir côtoyé, dès son
plus jeune âge différentes réalités culturelles. Par exemple, les
personnes ayant grandi à côté d’une frontière linguistique, comme entre
certains cantons en Suisse, pratiquent souvent avec bonheur deux
langues, sans un brin d’accent, mais ce n’est pas la norme.
- Penser que l’unité dans la communauté passe par une uniformisation
culturelle ou par le fait que chacun lâche du lest et met de l’eau dans
son vin culturel! Ce sera toujours la culture dominante du groupe qui va
imposer son rythme. Il faudra repenser l’unité en fonction des
différences et non des ressemblances. C’est une notion qui va à
l’encontre de notre filet culturel hérité de la civilisation du livre
qui, elle, est exclusive.
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