Business
Intrusion du business
dans les sphères de l'église

par Henri Bacher


Autour des Eglises, les prestataires de services se multiplient. Œuvres para-ecclésiastiques, sociétés commerciales, indépendants nouent des relations économiques, parfois peu claires, avec les communautés. Que faut-il en penser?

  Le business de l'apôtre Paul
Une divagation pour faire réfléchir

L’apôtre Paul ? Mais c’était un as dans le « business » de la tente !

Peu de gens connaissent la vraie histoire de l'entreprise « Paul », très étroitement mêlée à l'essor du christianisme naissant ! On n'a finalement retenu que les écrits de son fondateur Paul, dont le vrai métier était en fait la fabrication de tentes. A son époque, ses tentes ont transformé la transmission de l'Evangile. Il avait d'ailleurs un principe marketing très simple. Généralement, l'apôtre commençait son travail d'évangélisation en plantant, à l'écart d’une agglomération, une grande tente sous laquelle il prêchait, animait des rencontres et proposait certains spectacles avec des groupes musicaux. Il restait plusieurs mois sur place jusqu'à ce qu'une communauté naisse à la suite de son ministère percutant. Financièrement, c'était un investissement important, mais il récupérait assez rapidement sa mise, en vendant, la plupart du temps, sa tente à la nouvelle communauté. Ainsi que quelques petites tentes à ceux qui voulaient essaimer…

Parfois, il faisait payer un ticket d'entrée à des concerts qu'il tenait sous la toile, histoire de ne pas dévaloriser son travail. Puis il repartait pour un nouveau défi. Par la suite, l'Eglise du lieu devenait un client assidu et faisait régulièrement revenir le fabricant pour réparer, compléter la structure de toile (aujourd'hui on dit "updater") et du même coup organiser des activités avec le fabricant comme vedette. Comme il avait un ministère reconnu, la communauté des croyants faisait d'une pierre deux coups. C'était pratique ! On ne savait pas toujours si l'évangéliste était demandé pour son savoir-faire dans les tentes et leur réparation ou bien si on s'attachait ses services pour ses talents d'orateur. Paul vivait de son business et, de ce fait, il ne pouvait pas se permettre de se planter dans un petit bourg de province. Pour développer son commerce, il avait besoin de s'investir dans de grandes agglomérations. Voilà pourquoi on le retrouvait dans toutes les grandes villes romaines de l'époque.

A partir d’un petit commerce local à Jérusalem, il a développé, en plusieurs années, une vraie multinationale de la tente et de l'évangélisation !



 

Et voici un texte reçu par courriel de la part de Christophe Mbala-Movaka
(habitant la région parisienne).

Votre texte m'a beaucoup édifIé. Vous avez décrit la réalité de ce que nous vivons dans nos églises. Et nous assistons à des scènes incroyables. Certains serviteurs de Dieu venant de l'Afrique, en particulier, se focalisent sur le thème de la prospérité. Après avoir promis monts et merveilles au peuple de Dieu, ils repartent en Afrique avec des cadeaux de la part des fidèles, des voitures, groupe électrogène pour leur confort, vêtements, etc. Beaucoup d'hommes de Dieu arrêtent de travailler pour être au service de l'église, alors qu'ils sont aptes à travailler.

Votre texte reflète l'église aujourd'hui. MERCI


J'ai écrit au président suisse des
Hommes d'Affaires du Plein Evangile pour lui demander si son organisation avait déjà réfléchi à ces questions de business dans l'église. Voici donc la réponse que m'a donnée Gérard Godel .

De la "religion marketing" vers le marketing "religieux"
Article du site E-marketing (Portail des professionnels du marketing)

 

Ministère et business
Aujourd'hui l'Eglise est de plus en plus en prise avec des entreprises privées qui allient ministère et business.
Avant l’ère de la communication, les entrepreneurs avaient peu de prise sur le développement de l’Eglise. C’étaient surtout les politiques qui l’utilisaient à leur profit. Aujourd’hui une bonne partie des richesses en Occident se crée en faisant communiquer, voyager et en distrayant les gens. L’Eglise n’échappe pas à cette montée de « l’entertainment » ou de « l’infotainment ». Elle est devenue un marché potentiel important pour nombre d’entreprises. C’est donc tout naturellement que des chrétiens se sont engouffrés dans ces créneaux porteurs, qui touchent à la production musicale, aux concerts, à l’édition, aux voyages, à la TV, à la vidéo, à l’internet, au domaine artistique et j’en passe. Lorsque je parle d’entrepreneurs, ce sont des personnes qui se mettent à leur compte dans une structure commerciale. Je ne vise donc pas les associations à but non lucratif qui restent, en principe, par le truchement d’un conseil, sous l’autorité de l’Eglise.

Comme des châtelains dans des « châteaux-conforts »
Dans nos pays dits industrialisés, nous sommes comme des châtelains du Moyen-Âge, installés dans des « châteaux-conforts » et nous nous ennuyons. Nous faisons donc venir des troubadours pour égayer notre triste quotidien et nous sommes prêts à « casquer » même pour un concert de louange. Je ne jette donc pas la première pierre aux entrepreneurs chrétiens qui profitent de cette demande, mais à l’Eglise, à nous !

A mon sens, les communautés chrétiennes ont mis souvent sur pied des activités que Dieu ne leur demandait pas. Il ne faut pas toujours croire que l’évangélisation progresse à coup de surenchère technologique et artistique. Méfions-nous de ces miroirs aux alouettes ! Il ne s’agit pas ici d’un réquisitoire contre les activités artistiques, les loisirs et les médias. Je suis le premier à dire que l’Eglise doit utiliser ces nouvelles technologies de communication, mais pas à n’importe quel prix !

La rentabilité, un critère évangélique ?
Si nous laissons le développement de l’Eglise aux mains des entrepreneurs, nous allons devoir passer sous les fourches caudines du principe économique qui veut qu’une activité doit être rentable. C’est logique ! Un entrepreneur ne peut pas faire payer ses investissements et ses coups de folie… ou ses rêves de prestige, par une vaste campagne de collecte de fonds. Le commerçant ne s’intéresse qu’aux créneaux porteurs dans le cadre de l’Eglise et il laisse la charité aux autres.

La Bible ne conteste pas le profit personnel, mais elle met en garde les hommes et les femmes qui prennent l’Eglise pour un marché et qui la considèrent comme un client. Ce qui va de plus en plus poser problème, ce sont les « commerçants-évangélistes » ou les « commergélistes ». Ils allient ministère et commerce. Certains chanteurs, par exemple, font un immense business avec la vente de leur CD ou de leur spectacle. Souvent ils sont épaulés par un service de bénévoles qui se transforment en vendeurs occasionnels, sans que le bénéfice soit partagé avec la communauté qui accueille l’artiste. Par contre le déficit… Le commerce a ses règles et on ne peut pas jouer sur deux tableaux à la fois : celui du bénévolat et celui de l’économie.

Il faut éliminer de nos têtes cette image désuète des premiers chanteurs évangéliques comme Gil Bernard qui tiraient éternellement le diable par la queue. Aujourd’hui, si une entreprise de loisirs est bien gérée, elle rapporte et certains l’ont bien compris. Tant mieux ! Les chrétiens européens ont un potentiel financier énorme, ce qui n’était pas forcément le cas, il y a quelques décennies!

L’apôtre Paul – contrairement à mon histoire ci-contre – ne vivait pas de son commerce de fabricant de tentes. Il vivait de la grâce et de la dépendance directe de Dieu dans son quotidien. Au travers de cette expérience, il lui arrivait de travailler de ses dix doigts. Nuance ! Au commerce la logique commerciale. Au service dans l’Eglise une rémunération en conséquence !

Pour clarifier les bases d’une collaboration
Voici une série de questions qui devraient permettre un partenariat fécond avec des entreprises qui proposent leurs prestations aux Eglises :

  1. 1. S’assurer au départ avec qui on traite : est-ce un privé ou une association à but non lucratif ?
    2. Dans le cas d'une entreprise privée, traitez les relations en priorité sous l'angle commercial (négociez des marges bénéficiaires, etc.) Abstenez-vous de faire des collectes en faveur de votre hôte à moins que ce soit en guise de rétribution. Soyez sages dans les éventuels prêts ou avances d'argent. Si l'entrepreneur développe en même temps un ministère, essayez dans la mesure du possible de séparer le commercial du spirituel. C'est difficile, mais pas impossible. Négociez! C'est vous le client et vous avez le devoir de ne pas offrir le parvis de votre temple au vendeur, sous prétexte qu'il vous rend service et que c’est un frère.
    3. Payez honnêtement les services de l'entrepreneur. Souvent l'Eglise essaye de profiter au maximum sans prendre de responsabilités financières. Si vous estimez devoir payer trop cher, demandez des devis à des concurrents.
    4. Ne traitez pas avec un commercial, seulement parce qu'il est chrétien. Il faut aussi qu'il soit compétent et compétitif.
    5. Sur le même créneau et à compétences égales, donnez la priorité aux associations à but non lucratif. Vous enrichissez l'Eglise au lieu d'enrichir un privé.
    6. Accompagnez les entrepreneurs pour qu'ils ne deviennent pas des vendeurs du temple. Mouillez-vous avec eux, même si parfois vous y perdez quelques plumes. Soyez vigilants, parce que Dieu vous demandera aussi des comptes.
    7. Lors d'un investissement financier quel qu'il soit, posez-vous toujours les questions suivantes:
    a) Est-ce absolument nécessaire pour l'avance de l'Evangile ou est-ce un remplissage socioculturel?
    b) Où se trouve l'intérêt du commercial pour vous pousser dans telle ou telle option?
    c) Est-ce un investissement de prestige (style cathédrale) ou utilitaire?
    d) Faites-vous comme tout le monde pour vous sentir dans le coup?
    e) Que veut dire pratiquement vivre l'Evangile de la pauvreté?

Autre article sur le même thème: Comment vivre par la foi    Article publié dans le journal "Vivre" N° 9 Novembre 2002
 
 
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