Pentecôte
Actes 2: 1-11 
Exode 19: 3- 20

par Joël Baumann (pasteur ERF)


Joël Baumann s'est inspiré d'une parabole moderne pour encourager les paroissiens à vivre ensemble: Après les évènements qui nous ont perturbés ces derniers temps, je pense aux élections présidentielles, après les réflexes primaires d’enfermement , sécuritaires… d’exaspération et aussi toute les séparations idéologiques, politiques qu auraient pu nous diviser,  il est bon de s'entendre dire « Tous ensemble »…


Photo Henri Bacher

 

Lors d’une croisière sur la Grande Bleue, vous savez certainement que l’Eglise réformée paie à ses pasteurs chaque année une croisière sur la Grande bleue. Bref lors de notre dernière croisière, j’ai fait la visite la plus insolite jamais effectuée: nous avions accosté, tout à fait par hasard, sur une côte perdue en Méditerranée. Et c’était d’autant plus intriguant que les guides touristiques ne mentionnaient absolument pas ce bout de terre. A plusieurs encablures du rivage trônait une immense et superbe basilique, ou plutôt les restes d’une superbe basilique… j’appris par la suite, qu’elle datait vraisemblablement du premier siècle de notre ère.

A vrai dire, ce n’était pas vraiment une ruine! En fait, d’après ce que j’ai pu comprendre grâce aux archives que j’ai compulsées par la suite, il s’agissait probablement d’un début de construction qui était conçu de manière à toujours pouvoir s’agrandir… Elle avait vocation de ne jamais être terminée. Selon un des plus anciens manuscrit, c’est un simple charpentier qui était l’initiateur de ce projet fou. Il avait réuni douze compagnons pour lancer la première tranche de ce superbe édifice. Lorsque nous avons arpenté l’intérieur du périmètre initial, la cathédrale de St Pierre à Rome, l’Arche de la Défense de Paris et les défuntes « Twins Tower » de New York auraient pu tenir ensemble rien que dans la sacristie!

Pourquoi cette construction est-elle restée confidentielle, au point que j’avais de la peine à trouver une documentation sérieuse? C’est un mystère! Il semble que les compagnons du charpentier aient bien continué son œuvre après sa mort tragique à l’âge d’une trentaine d’année, mais qu’au cours des siècles, les descendants des constructeurs, ne se seraient pas donnés la peine de parachever le projet fou de l’initiateur à cause de désaccord sur la décoration…, je crois…

D’ailleurs, tout juste en passant, ce n’était pas, semble-t-il, un bâtiment destiné à abriter les rituels d’une religion particulière. Il devait servir à faciliter la rencontre des gens. Une espèce de grande MJC… Tout était conçu, dans les plans, pour servir ce grand dessein: mettre des gens ensemble! Au centre d’une cité, offrir un lieu de silence, de réflexion, mais aussi de convivialité, mais surtout un lieu publique… non confidentiel, offert à tous sans exception! Quand je pense à cette basilique, c’est l’image de l’église de la Sainte Famille à Barcelone qui me vient à l'idée, construite au début du siècle par Gaudy, un architecte un peu fou lui aussi! Il avait eu les yeux tellement plus gros que le ventre… que l’église est restée inachevée également… et pendant des années on y circulait dans la nef tout à fait librement, même à vélo… sans vitrail sans toit sur une partie de l’édifice… D’une certaine manière, elle avait retrouvé sans  le savoir la vocation première de toute église… Elle avait été rendue à la rue… au peuple… Elle n’était pas l’église de quelques privilégiés… Et puis je pense aussi… Je ne sais pas si c’est l’air de Pentecôte qui me donne envie de voyager ce matin – parce que généralement Pentecôte est plutôt connue pour son lundi de repos et la possibilité d’avaler des kilomètres de bitume … - je pense aussi à cette Eglise au centre de Berlin complètement détruite pendant la dernière guerre. Un architecte a adroitement intégré, enchâssé une colonne de verre bleue dans la ruine de l’ancienne Eglise. On quitte donc le bruit de la ville… des voitures…et l’on se retrouve dans cet espace toujours ouvert au passant… mais tamisé… silencieux… Mais tout cela ce ne sont que de pâles imitations, quelque chose de très petit par rapport à l’énorme ambition des constructeurs de cette belle et grande basilique dont je vous parlais ! Mais voilà! Ce que j’ai cru comprendre, c’est que les héritiers de cette lignée de fous se disputant, on finit par se séparer pour construire chacun à leur façon l’œuvre qu’ils imaginaient correspondre le mieux au désir de leur maître charpentier … Dans leurs querelles, ils semblaient avoir négligé puis perdu les plans de la construction initiale. La Bible du Grand constructeur, du coup chacun gardait jalousement sa propre interprétation de l’œuvre originelle: on semblait avoir perdu, la clé du manuscrit!  Et ainsi cette basilique inachevée, mais ouverte à tous les courants d’air, assez large pour recevoir en son sein tous les volontaires du chantier perpétuel… fut abandonnée au bénéfice de milliers de petites chapelles… fermées sur elles mêmes.

Et le grand projet initial ne fait plus la joie que de quelques photographes amateurs… et de touristes un peu nostalgiques.

Mais comme je vous le disais tout à l’heure, en observant ce superbe édifice je compris pourquoi il n’était pas dans les guides: loin d’être figé et empoussiéré, il attendait qu’on le reprenne en main… il gardait son âme… il n’y avait qu’à le faire vivre… en fait cette basilique n’était pas en ruine… mais elle était juste inachevée… prête à s’élargir encore… Elle ne dépendait pas de la sauvegarde des monuments historiques, mais de la bonne volonté de tous ceux qui voudraient bien relever les manches, se serrer les coudes… Donner de la tête et du cœur à l’ouvrage, simplement en repartant du plan initial du Grand constructeur…  Un plan à suivre mot à mot comme parole d’Evangile!

    Evidemment vous l’avez compris! Il s’agit d’une parabole mon histoire de basilique et de la grande croisière payée par l’ERF, c’est du vent! Mais justement le vent aujourd’hui, il se trouve que c’est déjà beaucoup! On peut entendre Dieu à travers le vent…

Mais amis, la bonne nouvelle d’aujourd’hui c’est qu’en tant que chrétien, si on a de l’audace, on ne manque pas d’air!

Et donc le chantier est ouvert pour reprendre les travaux où nous les avions arrêtés … chacun à son niveau… chacun à sa place et selon ses compétences; même les compétences qu’on n’imagine même pas avoir acquises… Elles nous seront données au moment nécessaire: « ne vous inquiétez pas de ce que vous direz, je serai avec vous »…

Mes amis, dans ce récit du jour de Pentecôte à Jérusalem, au moment où les juifs venaient célébrer, entre autre, le don de la loi par Dieu à Moïse… le don des plans pour l’édification de la basilique… Un mot revient plusieurs fois… Et il semble qu’il est important qu’il soit là… au moment où déjà les chrétiens se disputaient le patrimoine spirituel de leur maître Jésus –Christ…

C’est le mot : "tous" ou "tout"…

"Tous ensemble… ils étaient dans le même lieu
Tous furent  remplis du Saint-Esprit…
Toutes les nations… étaient conviées au chantier, toutes entendaient parler dans sa langue…
Tous étaient étonnés et louaient Dieu… pas les apôtres seuls, pas les pasteurs seuls, pas les conseillers presbytéraux seuls, TOUS!

Et cette assemblée ouverte, traversée par les courants d’air qui enflamment la foi, l’espérance et l’amour comme un bâtiment à peine sorti de terre… c’est un édifice tout entier construit de chair et de sang, de gens qui ne se connaissaient pas au départ, qui n’avaient pas d’affinités entre eux, qui étaient mêmes étrangers les uns pour les autres, et qui donc pouvaient s’effrayer mutuellement peut-être… tous ensemble s’élevèrent en une belle et harmonieuse construction plantée en pleine cité… ouverte à tous… dans l’apprentissage de la différence et du respect de chacun: l’Esprit-Saint, le souffle de Dieu ne brusque personne, c’est une bise, une brise dont il faut saisir le passage… pour être poussé dans la bonne direction… Devenir gens de passage… Et c’est ainsi que la Bible parle de la présence de Dieu en nous, parmi nous, et agissant dans ce monde…

Après les évènements qui nous ont perturbés ces derniers temps, je pense aux élections présidentielles, après les réflexes primaires d’enfermement, sécuritaires… d’exaspération et aussi toute les séparations idéologiques, politiques qu auraient pu nous diviser, il est bon de s'entendre dire « Tous ensemble »… Maintenant dans le cadre de la loi de Dieu, de l’Evangile du Christ qui ne nous permet pas de dire, croire ou faire n’importe quoi, laissons le Seigneur nous bâtir encore… laissons l’Esprit, le souffle de Dieu… nous cimenter encore…

Pentecôte peut être l’inauguration d’une Eglise nouvelle à Martigues… Un chantier vivant pour la gloire de Dieu et pour notre bien et pourquoi pas aussi pour notre plaisir… Amen

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