Vivre par la
foi
Un concept
dépassé! par Henri Bacher
Aujourd'hui, alors que nous
vivons en Europe du Nord dans des pays qui comptent parmi les plus riches du
monde, on se retrouve de plus en plus avec des gens qui se plaignent du manque
de finances. L'église à la fin du 19ème siècle a lancé
de grandes oeuvres comme l'Armée du Salut, à permis le
développement de grandes campagnes d'évangélisation dans des
pays qui n'avaient pas le niveau de vie d'aujourd'hui. Que veut donc dire
"vivre par la foi"?
Salomon
membre du G8
Les finances sont l’un des points les plus épineux de la vie avec
Dieu. Soit qu’on n’en a pas et qu’on tire le diable par la
queue, soit on en a et on se sent coupable. Que
veut dire vivre par la foi? Lorsqu’on écoute les responsables
d’église, on les entend souvent utiliser cette terminologie, mais
dès qu’ils se mettent à proposer leurs solutions aux
problèmes financiers, on se rend vite compte que leurs concepts de
financement ont peu de choses à voir avec l’esprit de la Bible. Et
quel est cet esprit? Les réponses ne sont pas si simples à donner.
Si le roi Salomon vivait à notre époque, il participerait
sûrement aux réunions du G8! Abraham, lui le père des
croyants, figurerait peut-être sur la liste du mensuel
« Forbes » comme l’un des hommes les plus riches de
la planète. En tout cas, ce n’était pas un abonné aux
Assedic ni un assidu de l’ANPE. Joseph, le fils du patriarche Jacob est
un immigré de force qui en quelques décennies est devenu l’un
des hommes les plus puissants de son époque. Bien sûr, Jésus
est l’anti-modèle, mais ce n’était pas pour autant un
traîne-savate qui vivait au crochet des gens. Paul,
l’ouvrier-intello, travaillait de ses mains en faisant des tentes tout
en développant un ministère fécond et puissant. Les
modèles de financement ne manquent donc pas. Quel est celui qui va
tenter les chrétiens modernes? En règle générale, dans
nos églises, on se réfère volontiers au Paul
«intello», mais son côté «manuel» ne nous
intéresse pas outre mesure pour résoudre nos problèmes
financiers. Peut-être faudrait-il dire au professionnel de la foi que
pour résoudre certains problèmes récurrents, il n’y a
pas de déshonneur à travailler en entreprise, surtout dans des pays
européens où l'on ne travaille qu'entre 35 et 42 heures par
semaine!
Et voici un texte
reçu par courriel de la part de
Christophe Mbala-Movaka
(habitant la région parisienne).
Votre texte m'a beaucoup
édifIé. Vous avez décrit la réalité de ce que nous
vivons dans nos églises.
Et nous assistons à des scènes incroyables. Certains serviteurs de
Dieu venant de l'Afrique, en particulier, se focalisent sur le thème de
la prospérité. Après avoir promis monts et merveilles au
peuple de Dieu, ils repartent en Afrique avec des cadeaux de la part des
fidèles,
des voitures, groupe électrogène pour leur confort,
vêtements, etc. Beaucoup d'hommes de Dieu arrêtent de travailler
pour être au service de l'église, alors qu'ils sont aptes à
travailler.
Votre texte reflète l'église aujourd'hui.
MERCI
28.05.2003
Un brin d'humour Les pasteurs, quoi que ne vivant
pas dans la misère, n'ont pas des salaires mirobolants, sachant qu'ils
ont tout de même une famille à charge...
C'est pourquoi auparavant, la célèbre 2 CV était la voiture
favorite des pasteurs...
L'histoire se déroule sur une autoroute. Un carambolage de trois
voitures:
la Roll Royce d'un chanteur,
la Mercedes d'un PDG,
la 2 CV d'un pasteur.
Les trois voitures sont méconnaissables tellement
le choc a été important.
Le chanteur:
"- Ah, je suis écoeuré, ma belle Roll's ! Fichue ! Tout le salaire
d'une soirée de spectacle."
"- Et moi !" dit le PDG, "ma Mercedes, fichue !
Deux jours de salaire détruits en si peu de temps !"
Le Pasteur, effondré, assis sur le rebord du trottoir, pleure lui
aussi:
"Ma petite 2 CV, cinq années complètes de salaire, vous ne vous en
rendez pas compte, vous, cinq années de salaire! "Le chanteur et le PDG
se regardent alors, se tournent vers le pasteur et lui disent : "- Y'a pas idée de s'acheter une voiture aussi chère
!
La pauvreté,
une option stratégique Mais revenons à cet esprit de la Bible.
Il me semble qu’il y a deux pistes parallèles qui traversent le
tissu biblique. L’une c’est la notion de confiance: Dieu
pourvoira! L’autre c’est le style de vie lié au concept de
pauvreté. On ne peut pas dissocier les deux pistes. La vie par la foi
est à mettre en regard avec une sorte d’idéal de la
pauvreté. Jésus s’est «apprauvri», incarné,
pour rejoindre les hommes et l’évangile est parcouru par ce fil
rouge demandant au chrétien de partager et de vivre dans la
simplicité.C'est
même donné comme injonction au roi dans:
Deutéronome 17: 14-20.
On
rencontre parfois des ecclésiastiques qui incitent leurs ouailles à
croire que Dieu déversera Wall Street dans les caisses des
communautés chrétiennes. Il suffit juste de faire confiance au
grand argentier et si l’argent ne rentre pas, c’est donc un
manque de foi. Si certaines organisations ont peut-être des manques
récurrents de finances, c’est peut-être aussi que Dieu
souhaite les redimensionner. Pourquoi une œuvre devrait-elle
éternellement grandir, grossir et devenir un mastodonte international?
Les «gros» ne sont, en général, pas de grands
innovateurs. C’est vrai sur le plan économique, mais ça
l’est également dans le cadre de l’église. Souvent ce
sont les petites entités qui sont créatives, les géniaux
bricoleurs qui commencent leur «business» dans un garage. Ce qui ne
veut pas dire qu’il ne faut pas développer des synergies, des
associations entre les «petits».
Les
églises ont souvent beaucoup de peine à s’unir entre elles.
Ce que l’amour n’a peut-être pas pu réaliser le manque
d’argent le fera. Jean-Marc Pilloud, pasteur à Lyon, déplore
le morcellement des églises en petites entités peu
«rentables» financièrement parlant. Il suggère
d’encourager les regroupements d’églises pour partager les
frais de pasteur, de bâtiments et de fonctionnement1. Ces
petites églises pourraient très bien rester indépendantes,
mais travailler en réseau. Le pasteur devenant le salarié
d’un réseau!
La
pauvreté rend créatif, la richesse nous transforme en conservateur,
rarement en révolutionnaire. C’est pourquoi le Christ a
demandé, entre autres, à ses disciples de
quitter leur gagne-pain et le confort de leur job.
Certaines églises ou organisations ont un appétit trop
gros et assouvissent leur désir de puissance en le camouflant sous des
intentions bien spirituelles. On veut évangéliser le monde, mais
parfois c’est aussi pour dominer qu’on entreprend telle ou telle
activité. Combien d’églises riches seraient prêtes
à écouter l’appel du Christ au jeune homme riche: «Va
vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et suis-moi»! Dieu
pourvoira, mais pas pour n’importe quelle construction ou projet
pharaonique. La pauvreté, pas le misérabilisme, est une vertu dans
l’optique de Dieu, donc elle peut aussi jouer un rôle moteur. Il
ne faut pas croire que les œuvres se développent uniquement
grâce aux investissements financiers. Les
monastères, qui ont évangélisé
l’Europe, sont tous partis sur un modèle
de pauvreté et de travail pour subvenir à leurs besoins.
Actuellement les communautés de base au Brésil peuvent servir
d’exemple pour un développement à partir du tremplin de la
pauvreté. Quelle est l’association évangélique moderne
qui clame qu’elle veut rester pauvre pour servir l’église?
Tous vous disent qu’elles ne peuvent pas faire leur travail par manque
de finances! C’est bien là qu’on retrouve l’esprit du
monde et non pas l’esprit de la Bible !
Une esquisse
de réponse L’idéal c’est de connaître la volonté
de Dieu, de ne pas faire d’appels d’argent et de faire totalement
confiance que Dieu pourvoira. Non pas pour mes ambitions, mais pour les
siennes qui sont souvent situées à l’antipode des miennes. Se
développer au rythme que Dieu impose et non pas au rythme de
l’idéologie de la performance ambiante. Certes, je le
concède, c’est un peu utopique et la pilule est dure à
avaler, mais n’empêche qu’unGeorges Muller2l’a réalisé dans un siècle
où l’Europe n’était pas aussi pourvue
qu’aujourd’hui et il n’est de loin pas le seul!
Sur
l’échelle de la réalité terrestre, nous naviguons entre
deux pôles: celui du business et celui de la mendicité. Le business
où nous ne faisons confiance qu’à nous-mêmes et à
notre travail pour nous sortir de la difficulté financière et la
mendicité où nous abandonnons tout espoir d’améliorer
notre sort par nos propres moyens ou à l’aide de Dieu.Les églises et les organisations
chrétiennes surfent souvent entre ces deux
pôles. Lorsque des gens n’arrêtent pas de faire des appels
d’argent larmoyants à grands renforts de publicité, je les
classe parmi les mendiants et pas parmi les gens qui appliquent la vie par la
foi. Lorsqu’une organisation ne fait que de vendre ses produits
(livres, CD, vidéo, voyages, entrées de concert, prestations de
services, etc.) sans y ajouter également une dimension de gratuité,
je la classe parmi les businessmen. Aucune des deux catégories ne vit par la foi. Les uns
savent bien gérer leurs affaires, ce sont de bons commerçants, les
autres exploitent la pitié pour arriver à leurs fins, mais ce
n’est pas une histoire de confiance. Plus nous nous rapprochons de
l’axe idéal, plus nous sommes dans la courbe de la confiance. Le
plus difficile c’est de construire une stratégie de foi à
long terme. On se tient le plus souvent en
«plaine», soit du côté de la mendicité, soit du
côté du business, mais on ne vit que sporadiquement sur les sommets
(de la foi), alors que nous devrions y être à longueur
d’années.
Vivre
par la foi ce n’est pas simplement rester bouche bée à
attendre que la nourriture nous tombe dans le bec. C’est une
activité très créative qui englobe la mise en œuvre de
différentes ressources. Pour Paul, à certains moments de sa vie,
c’était la fabrication de tentes, pour Pierre qui devait payer ses
impôts, c’était lié à la pêche d’un
poisson. Il a donc dû prendre une initiative. Elie le prophète,
lui, n’avait qu’à tendre le bec et les corbeaux le
nourrissaient. Certains prophètes avaient une activité
professionnelle. Pour Georges Muller, c’était le combat dans la
prière. Cette courbe de la foi est dynamique. L’idéal
c’est de fuir la mendicité comme le business ou en tout cas de
nous tenir éloigné le plus possible de ces deux pôles.
C’est peut-être dans cette attitude que nous pourrons mieux
développer la créativité de la vie par la
foi.
1Rapporté dans sa lettre
circulaire N°27 de février 2003 2 A la fin du 19ème siècle, Georges Muller, en
Angleterre, a nourrit plusieurs dizaines de milliers d'orphelins sans jamais
faire un appel d'argent.